YOLO Lecture – La stratégie du choc (Naomi Klein 2007)(1)

J’ai commencé, il y a quelques jours, la lecture du livre de Naomi Klein intitulé « La stratégie du choc ». Je propose de vous en faire un résumé tout au long de l’été. Cet ouvrage étant très imposant (environ 800 pages), je commencerai aujourd’hui par vous parler de l’auteure et de l’introduction du livre.

Commençons par lire la 4e de couverture :

« Qu’y a-t-il de commun entre le coup d’Etat de Pinochet au Chili en 1973, le massacre de la place Tiananmen en 1989, l’effondrement de l’Union soviétique, le naufrage de l’épopée Solidarnosc en Pologne, les difficultés rencontrées par Mandela dans l’Afrique du Sud post-apartheid, les attentats du 11 septembre, la guerre en Irak, le tsunami qui dévasta les côtes du Sri Lanka en 2004, le cyclone Katrina, l’année suivante, la pratique de la torture partout et en tous lieux – Abou Ghraïb ou Guantànamo – aujourd’hui ? Tous ces moments de notre histoire récente, répond Naomi Klein, ont partie liée avec l’avènement d’un « capitalisme du désastre ». 

Approfondissant la réflexion militante entamée avec son best-seller No Logo, Naomi Klein dénonce, dans La stratégie du choc, l’existence d’opérations concertées dans le but d’assurer la prise de contrôle de la planète par les tenants d’un ultralibéralisme tout-puissant. Ce dernier met sciemment à contribution crises et désastres pour substituer aux valeurs démocratiques, auxquelles les sociétés aspirent, la seule loi du marché et la barbarie de la spéculation. »

On comprend donc que dans son ouvrage, Naomi Klein va dénoncer l’ultralibéralisme prôné par Friedman et mettre en évidence que les réformes économiques de ces 40 dernières années s’imposent toujours après un choc violent ou une répression violente.

Naomi Klein - la stratégie du choc

Naomi Klein – l’auteure

L’auteure : Naomi Klein

Naomi Klein est née en 1970 au Canada de parents américains qui ont émigré des États-Unis en 1967 en raison de leur opposition à la guerre du Vietnam. Elle grandit dans une famille très engagée. Sa mère est une activiste impliquée contre la pornographie et son père dans les causes sociales. Elle devient journaliste et rencontre le succès en 2000 avec son ouvrage No Logo.

Le livre commence par la rencontre entre l’auteure et des réfugiés de l’ouragan Katrina en 2005. Elle vient constater par elle même l’ampleur des dégâts et met en évidence la contradiction flagrante entre la tragédie vécue par les populations et le sentiment positif qui anime les politiciens de la ville. Ces derniers sont ravis d’avoir « enfin nettoyé les logements sociaux de la Nouvelle-Orléans. Dieu a réussi là où nous avions échoué. » dira Richard Baker un congressman républicain de la ville. Ce sentiment était d’ailleurs partagé par Joseph Canizaro l’un des promoteurs immobiliers les plus riches de la ville : « Nous disposons maintenant d’une page blanche pour tout recommencer depuis le début. De superbes occasions se présentent à nous. »

La stratégie du choc

Parmi ceux pour qui les eaux de crue étaient synonymes de « superbes occasions » se trouvait Milton Friedman. Nous aurons l’occasion de reparler plus en détail de ce personnage dans un chapitre dédié. Alors qu’il est âgé de 93 ans en 2005, ce grand gourou d’un capitalisme sans entraves trouve quand même le moyen d’écrire un article dans le Wall Street Journal : « La plupart des écoles de la Nouvelle-Orléans sont en ruine au même titre que les maisons des élèves qui les fréquentaient. Ces enfants sont aujourd’hui éparpillés aux quatre coins du pays. C’est une tragédie. C’est aussi une occasion de transformer de façon radicale le système d’éducation. »

Mais quel était donc le problème du système éducatif en Louisiane ? Les écoles avaient quelque chose d’impardonnable aux yeux de Friedman : elles étaient publiques et administrées par l’État. Tout cela dépasse de loin le rôle que Friedman attribue à l’État. Ce dernier ne doit fournir que des policiers et des soldats pour protéger les citoyens. Selon lui une école gratuite n’est qu’une ingérence au sein des marchés.

Et effectivement, l’appel lancé par Friedman fut entendu. Dix-neuf mois après les inondations, alors que la plupart des pauvres sont encore en exil, presque toutes les écoles publiques de la Nouvelle-Orléans avaient été remplacées par des écoles à charte exploitées par le secteur privé.

Voilà le premier exemple de ce que Naomi Klein appelle « capitalisme du désastre » : utiliser les cataclysmes pour lancer des raids contre la sphère publique et s’en servir pour engranger des profits.

katrina - la stratégie du choc

Chouette ! Une page blanche ! Tous les pauvres sont noyés on va pouvoir repartir de zéro et se faire un max de blé !

Le reste de la première partie de l’introduction retrace 30 ans d’histoire économique et de chocs. Nous allons en citer quelques uns.

Chili 1973

Un violent coup d’État est mené par Pinochet (avec l’aide de la CIA ). Friedman lui-même conseille à Pinochet de procéder à une transformation en profondeur de l’économie. Des réductions d’impôts, la libéralisation des échanges commerciaux, la privatisation des services, la diminution des dépenses sociales et la déréglementation. Friedman expliqua même que la soudaineté et l’ampleur des changements économiques provoqueraient chez les citoyens des réactions psychologiques qui faciliteraient l’ajustement. Il créa pour l’occasion l’expression « traitement de choc ». (On apprend également que de nombreux économistes de Pinochet travaillaient et avaient étudié sous la direction de Friedman). Et Pinochet facilita l’ajustement à coup de salles de torture… Un choc comme un autre…

Grande Bretagne 1982

En 1982 survient la guerre des Malouines. Le désordre et l’élan nationaliste nés de la guerre permettent à Margaret Thatcher de lancer la première vague de privatisation en Occident.

Russie 1993

Boris Eltsine lance les chars d’assaut contre le Parlement et fait emprisonner les chefs de l’opposition, ce qui permet d’ouvrir une voie royale à des privatisations précipitées.

Ex-Yougoslavie 1999

L’OTAN bombarde Belgrade en 1999. Cela met fin à près d’une décennie de conflit dans la région. Des privatisations rapides peuvent se faire après des années de guerre qui ont permis de préparer le terrain.

Irak 2003

En 2003 les États-Unis déclarent la guerre à l’Irak après les attentats du 11 septembre. (Alors que les terroristes étaient Saoudiens mais ça c’est un autre débat…). Mike Battles, patron de Custer Battles, entreprise de sécurité, résume la situation : « La peur et le désordre nous ont admirablement servis ». En effet, il a pu arracher au gouvernement fédéral des contrats d’une valeur de 100 millions de dollars…

Tout au long de la première partie de son introduction, on voit que l’auteure démontre la volonté capitaliste de faire table rase (par la violence) pour imposer ses réformes.

Mais ce n’est pas tout… Comme toute cette intro manquait de violence, la torture fait son apparition.

La torture comme métaphore

L’auteure dit très justement que du Chili à la Chine en passant par l’Irak, la torture a été le partenaire silencieux de la croisade mondiale en faveur de la libéralisation des marchés. On se souvient des récents scandales qui ont explosé au sein de l’armée américaine, en Irak, il y a quelques années. Et dans cette fin d’introduction, l’auteure nous montre les similitudes entre les chocs exercés sur les pays et les expériences de torture par électrochocs financées par la CIA dans les années 1950… Nous développerons ceci dans l’article concernant le chapitre 1.

À ce stade de la lecture, se pose alors une question. Si partout dans le monde des spécialistes participent à des débats en se demandant si les atrocités sont imputables à l’idéologie proprement dite ou aux aberrations de ses tenants, dont Staline, Ceausescu, Mao et Pol Pot, qu’en est-il de la croisade menée pour la libéralisation des marchés ?

On devine facilement le sous entendu de l’auteure…

Dans le prochain article nous parlerons des expériences menées dans les années 1950 par Ewen Cameron à McGill avec le soutien de la CIA. Un chapitre super joyeux.

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