YOLO Lecture – La stratégie du choc (Naomi Klein 2007)(5)

Cinquième article sur le livre la Stratégie du choc de Naomi Klein. Dans l’article précédent, nous avons évoqué la prise de pouvoir des Chicago Boys au Chili en 1973 et de la possibilité pour la première fois de voir un pays soumis totalement à la doctrine économique de Friedman. Regardons quelles ont été les conséquences économiques pour le Chili dans les années qui ont suivies.

Privatisation et retard à l’allumage

Pendant les dix-huit premiers mois, Pinochet suivit fidèlement les prescriptions de l’école de Chicago. Il privatisa certaines sociétés d’État (y compris des banques), autorisa de nouvelles formes de finance spéculative, ouvrit toutes grandes les frontières aux importations étrangères en abolissant les barrières qui protégeaient depuis longtemps les fabricants chiliens et réduisit les dépenses gouvernementales de 10% (sauf pour l’armée). Les disciples de Friedman l’avaient promis : si le gouvernement se retirait des secteurs d’activités cités ci-dessus, les lois « naturelles » de l’économie permettrait la disparition de l’inflation. Cette dernière étant causé par la présence d’organismes malsains au sein du marché. Conséquences ?

Mauvais départ ! En 1974, l’inflation atteignit 375%, record du monde ! Les prix explosèrent. Autre conséquence : les entreprises locales, incapables de soutenir la concurrence des importations bon marché, se voyaient contraintes de fermer drainant son lot d’ouvriers mis à la porte. Le taux de chômage explosa et la faim se fit omniprésente.

Pinochet-stratégie du choc-conséquences

Pinochet passe ses troupes en revue

Une théorie pas remise en cause

L’incompréhension chez les Chicago Boys ne dura pas longtemps. Si c’était la débâcle, ce n’était pas leurs théories qui en étaient la cause. A-ton déjà vu un endoctriné remettre en cause son gourou ? Non. Si ça ne fonctionnait pas, c’était à cause de la mise en œuvre qui n’était pas assez rigoureuse. C’était la faute des cinquante années précédentes qui avaient laissées trop de distorsions dans l’économie. Pour cela il fallait donc sabrer davantage dans les dépenses, privatiser encore et accélérer le rythme des réformes.

Le patient est très malade depuis qu’on lui administre ce médicament. Augmentons la dose, il ira mieux !

À ce stade de l’histoire je crois que l’on peut oser une comparaison avec la médecine. Le patient est très malade depuis qu’on lui administre ce médicament. Augmentons la dose, il ira mieux ! On peut aussi faire un parallèle intéressant avec les politiques de rigueurs prônées par nos dirigeants européens et que nos voisins grecs ont déjà expérimenté. Un autre laboratoire pour une autre époque… Le points communs sont nombreux… Les grands gagnants de ce genre d’expérience par exemple…

Aux grands maux, les grands remèdes !

Mais revenons au Chili ! Leur programme gravement compromis, les Chicago Boys décidèrent que le moment était venu de prendre les grands moyens. En 1975, Friedman et Harberger s’envolèrent pour Santiago sur l’invitation d’une banque chilienne. Friedman fut reçu comme une star et eut droit à un entretien avec Pinochet pendant lequel il utilisa l’expression « traitement de choc » qui était selon lui le « seul remède possible ». Le monde entier connaissait Pinochet comme étant le personnage faisant massacrer ses citoyens dans les stades de foot, mais Friedman le trouva « séduit par l’idée du traitement de choc mais affligé par le chômage provisoire qu’il risquait de provoquer ».

Santiago-Stratégie du choc-conséquences

Des gratte-ciel émergent à Santiago. Symbole de la folie des grandeurs sans limite du capitalisme.

Ben voyons… un dictateur qui massacre des gens doit être certainement très très affligé par la notion de chômage… Pinochet a du avoir mal dormir cette nuit là.

Après leur rencontre Friedman envoya une lettre à Pinochet où il encourage le dictateur à continuer ses réformes et où il souligne à plusieurs occasions l’importance de la notion de « choc ». Sitôt dit, aussitôt fait. Pinochet était conquis et en 1975 lui et son gouvernement réduisirent les dépenses gouvernementale de 27%, privatisèrent 500 banques et sociétés d’État à des prix dérisoires. Concrètement l’économie du Chili régressa de 15% et le taux de chômage s’éleva à 31% en 1983. Une famille chilienne devait consacrer 74% de ses revenus à l’achat du pain (contre 17% pour le lait, le pain et les tickets de transport sous Allende). Friedman osa parler de « Miracle chilien ». On en reparle un peu plus bas de ce fameux miracle…

Peu de voix contre cette politique économique

Une personne va faire entendre sa voix pour exprimer son désaccord avec cette politique économique. Et ce qui est intéressant c’est que cette voix était celle d’un ancien étudiant de Friedman, André Gunder Franck. Il souligna le lien direct entre les politiques économiques brutales imposées par ses anciens condisciples et la violence à laquelle Pinochet avait soumis le pays.

Si on regarde l’état économique du Chili à la fin du règne de Pinochet en 1990, on peut effectivement y voir une certaine stabilité. La preuve du « miracle chilien » serait la croissance stable que connaissait le pays à la fin des années 1980. Sauf que, premièrement, cette stabilité arrive plus de 15 ans après les premières mesures néolibérales prescrites par Friedman. Et surtout, deuxièmement, il a fallu que Pinochet change de cap pour que cette croissance et cette embellie économique interviennent.

En effet, si le Chili échappa à l’effondrement économique total au début des années 1980, c’est uniquement parce que Pinochet n’avait pas nationalisé Codelco, société minière d’extraction de cuivre, qui générait 85% des revenus d’exportation du pays. L’instabilité était telle que Pinochet fut même contraint de renationaliser un bon nombre d’entreprises !

conséquences

Henry Kissinger qui trouvait la junte argentine très bien.

Une économie stabilisée

En 1988, une fois l’économie stabilisée, 45% des habitants vivaient sous le seuil de pauvreté et la tranche des 10% des chiliens les plus riches avait vu leurs revenus augmenter de 83%. Un vrai miracle effectivement. En 2007, le Chili pointait à la 116e place sur 123, des pays les moins égalitaire du monde… Et donc il faut sûrement comprendre que si les économistes friedmanien appelèrent ça un miracle c’est que peut-être le but principal était atteint. À savoir que le traitement de choc ne visait pas le redressement du pays, mais bien à aspirer les richesses vers le haut et repousser la classe moyenne dans le néant.

Naomi Klein passe ensuite en revue tous les pays d’Amérique latine qui subirent le même sort à la même période : le Brésil, l’Uruguay et plus longuement sur l’Argentine. Elle démontre encore la connivence des USA avec la junte militaire qui prit le pouvoir en Argentine en 1976. Elle cite des passages de documents déclassifiés où on peut lire que Kissinger trouve que Martinez de Hoz (économiste de la junte) est un type bien et qu’il va le mettre en relation avec David Rockefeller (Président de la Chase Manhattan Bank) et Nelson Rockefeller (vice Président des États-Unis). Pendant ce temps, on estime à 30 000 le nombre de personnes disparues au cours du règne de la junte militaire argentine.

Finalement la communauté internationale reconnut unanimement les atrocités de ces différents régimes, mais sans jamais remettre en cause les politiques économiques de ces derniers. Pire, on se retrouve aujourd’hui avec une économie mondiale basée sur les mêmes principes que l’économie testée par Pinochet au Chili. Aujourd’hui les « rouges » ne font plus peur et pour pouvoir mettre à exécution leur politique, il a fallu trouver autre chose. Une autre menace pour infliger d’autres chocs. On appelle aujourd’hui cet autre chose le terrorisme.

Le titre du chapitre suivant s’appelle : « Faire table rase ». On s’attend donc à apprendre encore des choses super positives…

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