YOLO Lecture – La stratégie du choc (Naomi Klein 2007)(6)

Sixième et dernier article de l’été consacré au livre de Naomi Klein, la stratégie du choc. Nous allons essayer de comprendre, par le biais de l’analyse de l’auteure, quelles ont été les conséquences de ces expériences économiques menées en Amérique du sud. La question que l’on se pose à ce moment de lecture est la suivante : comment le monde a-t-il pu accepter et adopter une économie basée sur autant de violence ?(1)(2)(3)(4)(5)

Dans un premier temps l’auteure repasse en revue toutes les exactions menées par les régimes autoritaires des pays d’Amérique du sud du dernier quart du XXe siècle. Elle explique que les dirigeants du Chili, de l’Argentine ou du Brésil, entre autre, voulaient un nettoyage des cultures. Il fallait absolument laver les esprits des citoyens du virus marxiste. Cela s’est traduit par des arrestations, des tortures et des meurtres d’universitaires. Ces derniers étant vu comme les « passeurs » du virus.

Nettoyage des cultures

Dans les lycées chiliens, les travaux de groupes (par exemple les exposés) étaient interdits car ils étaient vus comme des signes d’un esprit collectif latent qui menaçaient la liberté individuelle.

Victor_Jara la stratégie du choc

Graffiti en l’honneur de Victor Jara.

On a aussi l’exemple du chanteur folk Victor Jara à qui on cassa les doigts pour qu’il ne puisse plus jouer de la guitare avant d’être déporté dans le stade où on le cribla de 44 balles. À titre d’exemple bien sûr. On retrouve la même folie meurtrière de l’autre coté de la frontière chez la junte argentine. En septembre 1976, des lycéens s’unirent pour réclamer une diminution du prix des tickets d’autobus. Une action collective qui convainquit la junte que l’esprit de ces jeunes avait été infecté par le fameux virus du marxisme. Elle les tortura et les tua. Une réponse mesurée au vue de la menace bien évidemment… Quelle idée ! Oser se réunir alors que seule la liberté de l’individu compte !

Friedman tout-puissant !

Friedman l’explique pourtant très bien. La liberté ne peut être entière que si l’économie est totalement libérée. Et le monsieur est très écouté puisqu’il vient de gagner le prix Nobel d’économie. Il reçoit cette distinction en 1976 pour ses travaux « originaux et importants » concernant la relation entre l’inflation et le chômage. Dans son discours de réception, il soutint que les sciences économiques sont aussi rigoureuses et objectives que les disciplines comme la physique, la chimie et la médecine puisqu’elles se fondent elles aussi sur l’analyse impartiale des faits.

Il oublia simplement de parler que la théorie pour laquelle il était récompensé était démentie par les soupes populaires, les flambées de typhoïdes et les fermetures d’usines au Chili, où régnait le seul régime assez impitoyable pour mettre ses idées en pratique. Finalement l’économie scientifique de Friedman est une économie où les riches sont trop pauvres et les pauvres sont trop riches.

Il est aujourd’hui évident que l’ensemble de la communauté internationale reconnait les crimes et les atrocités de ces régimes sud-Américains. Mais sans jamais remettre en question la doctrine économique de Friedman. Les deux étant pourtant les deux faces d’une même pièce. Pourquoi ? Il faut se pencher d’après Naomi Klein sur le cas de la fondation Ford. La même qui a financé le programme ayant donné naissance aux Chicago Boys dont nous parlions dans un des articles précédents.

La fondation Ford

Henry_ford la stratégie du choc

Bonjour, Je suis Henry Ford. Je suis né en 1863 et je suis mort en 1947. J’étais notoirement antisémite et certains historiens considèrent même que j’étais un des maitres à penser d’Hitler. Mais comme j’avais plein de pognon, YOLO ! On me considère comme un modèle de réussite.

C’est en effet la fondation Ford, une organisation philanthropique créée par Henry Ford à Détroit en 1936, qui a financé les programmes spéciaux de l’université de Chicago. La fondation consacra la somme de trente millions de dollars à la défense des droits en Amérique latine dans les années 1970. Une formidable vitrine qui lui permettait de garder une image intacte de fondation philanthropique à l’abri de tout soupçon. Mais bien évidemment jamais leurs actions en faveur des défavorisés ne mettait l’accent sur la doctrine de Friedman qui était pourtant la cause principale de cette misère. Voilà comment dans les années 1970, on s’est retrouvé avec une contradiction incroyable : pour mettre un terme aux abus, il fallait obtenir un financement de la part de l’entreprise la plus intimement mêlée à l’appareil de la terreur. L’argent apporté en grande quantité empêcha de poser les bonnes questions sur les causes profondes.

« Les droits de l’Homme » ont mis des œillères et leur intégrité intellectuelle sur la touche.

L’accent avait tellement été mis sur la priorité de lutter contre les conséquences (les chambres de tortures) qu’ils en oublièrent les causes. L’auteure rappelle que le débat relatif à la dissociation des droits de l’homme et des questions économiques et politique se retrouve à chaque fois que des États utilisent la torture comme arme politique. En effet, la torture resurgit toujours lorsqu’un despote ou un occupant étranger ne dispose pas du soutien nécessaire pour régner : Marcos aux Philippines, le shah en Iran, Saddam en Irak, les français en Algérie, les Israéliens dans les territoires occupés, les États-Unis en Irak et en Afghanistan.

« Aucun rapport »

Pour finir cette série d’articles sur ce livre passionnant, je citerai Naomi Klein en conclusion : « La première aventure des Chicago Boys aurait dû servir de mise en garde à l’humanité : leurs idées sont des idées dangereuses. Mais parce qu’on omit de tenir l’idéologie responsable des crimes commis dans son premier laboratoire, cette sous-culture d’idéologues impénitents, bénéficiant d’une impunité de facto, se trouva libre de parcourir le monde à la recherche de nouvelles conquêtes. Ces jours-ci, nous sommes une fois de plus confrontés à des massacres corporatistes, et des pays sont victimes d’actes d’une ahurissante violence militaire visant à les transformer en économies « libre »modèles ; les disparitions et la torture font un retour en force. Une fois de plus, tout se passe comme si, entre les objectifs de la libéralisation des marchés et la nécessité d’une telle brutalité, il n’y avait « aucun rapport ».

Merci de nous avoir suivi tout l’été, bonne rentrée et YOLO !

 

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